Projet de recherche

Administrer les religions en URSS

La région Volga-Oural dans la seconde moitié du XXe siècle

 

Notre projet entend contribuer à l’histoire politique du religieux en Union soviétique. Il s’inscrit dans le développement que connaissent actuellement les recherches sur la période khrouchtchévienne et intéresse le Centre d’études des mondes russe, caucasien et centre-européen (UMR 8083, CNRS / EHESS) par l’étude de la question ignorée pour cette période de l’administration des religions. Sur la base du dépouillement de fonds d’archives situés à Moscou et en province, et d’un travail d’histoire orale sur les pratiques et les croyances, nous proposons une étude approfondie sur le rôle que l’État, tel qu’il s’exprime à travers ses pratiques administratives et l’idéologie qui inspire ses fonctionnaires, a tenu dans la perception et le gouvernement de l’hétérogénéité confessionnelle dans une région au carrefour des aires finno-païenne, turco-musulmane et slavo-orthodoxe. Peuplée de turcophones de confession musulmane, la région Volga-Oural, colonisée par la Moscovie au XVIe siècle, est au coeur des travaux du Centre d’études turques, ottomanes, balkaniques et centrasiatiques (UMR 8032 EHESS / CNRS / Collège de France).

Vingt ans de souveraineté ! Les peuples de la région Volga-Oural depuis 1991

20 ans de souveraineté, afficheAnnée géopolitique par excellence, 1991 voit surgir, sur les décombres de l’URSS, 15 nouveaux Etats indépendants. Plusieurs d’entre eux sont à leur tour menacés d’éclatement. Afin de préserver l’unité territoriale de la nouvelle Russie, Moscou entérine les déclarations de souveraineté de ses peuples non russes, leur accordant un contrôle sur leurs ressources pour financer leur renouveau politique et culturel. Depuis lors, des projets de souveraineté plus ou moins formalisés s’affrontent, notamment dans les macro-régions de Russie marquées par une forte diversité ethno-confessionnelle, comme c’est le cas de la région Volga-Oural, carrefour de peuples turciques/musulmans (Tatars, Bachkirs, Tchouvaches), finno-ougriens/païens (Mordves, Mari, Oudmourtes) et slaves/orthodoxes (Russes). Le pluralisme s’y exprime à travers la contestation de la prééminence politique des Tatars ou celle du regain « avant-gardiste » des cultures finno-ougriennes.

Du fait de changements politiques récents, la région Volga-Oural est pertinente pour dresser un bilan de 20 ans de souveraineté. Les régimes autoritaires et « ethnocratiques » du Tatarstan, du Bachkortostan et de Tchouvachie se sont effondrés en 2010, après le départ des présidents Shaimiev, Rakhimov et Fedorov. Ceux qui avaient paraphé les déclarations de souveraineté ont finalement été rattrapés par la recentralisation russe des années 2000. Dans l’actuel contexte de démocratisation, que reste t-il de la dimension ethnique des projets de souveraineté ? Où en sont les rêves de renaissance nationale et quels projets culturels mobilisent encore les populations locales ?
L’objectif de notre journée d’étude est de solliciter une combinaison d’approches pour traiter de « 1991 » dans ses aspects régionaux. Il s’agit d’étudier comment les républiques nationales se perçoivent elles-mêmes, c’est à dire comme des entités strictement « souveraines » ou comme des espaces cosmopolites avec des liens externes (Asie Centrale, Turquie, pays baltes). La rhétorique invoquant la souveraineté et les identités ethno-nationales en termes de continuité et de discontinuité sera examinée en prenant en compte la façon dont les identités se sont reconfigurées au cours de la période considérée. Nous avons fait appel à des chercheurs travaillant sur le terrain et à des témoins des événements évoqués. Un an jour pour jour après les événements de la place du Manège, nous nous interrogerons par ricochet, sur l’état du vivre ensemble dans une région multiethnique de Russie.
Journée d’étude organisée par l’Institut français de géopolitique (IFG) & l’Université d’Etat des sciences humaines de Russie (RGGU)
15 décembre 2011
Institut français de géopolitique, salle D 011